Lettre à la personne qui m’a stoolé
Cher Stooler (un porte-panier pour les gens hors Québec),
Ce midi je suis arrivé pour dîner chez moi. Ma mère affichait une mine très basse. Ça lui arrive. Ça arrive à tout le monde.
- Faut je te parle. Tu es pour quelque chose dans mon air bête.
- Ah oui?
- Tu as un blogue ça l’air… ta sœur me la dit.
Ma sœur ne lit pas de blogue. Je me demande même si elle savait ce que c’était avant de tomber sur le mien. Elle est plutôt du genre à aller voir des petits chats sur Youtube. Elle trouve ça drôle.
Tu es donc inévitablement quelqu’un qui lit ce blogue, qui sait qui je suis et qui a jugé bon de dire à ma sœur que son frère était un amateur des rencontres virtuelles et de la volupté des femmes. Tu es une personne complètement sans jugement qui a décidé d’ébranler des relations familiales qui tiennent déjà à un fil.
Tu as peut-être pensé que ma sœur aimerait ça lire ma vie intime. Mais j’en doute. Tu savais d’avance que ça se rendrait à l’oreille de ma mère, la personne que j’aime probablement le plus au monde et dont j’essaye de faire sourire chaque jour. Cette nouvelle l’a déçue. Je la comprend, elle ne saisi pas vraiment c’est quoi la blogosphère à son âge. Tu voulais foutre la merde et c’est fait.
En essayant de savoir qui tu étais espèce de personne sans vie, je me suis buté à une réponse : « Promesse de ne rien dire ». Alors toi espèce de merde qui exige l’anonymat au détriment de celle des autres je te dis : Va chier!
J’espère que tu te sens bien fier en ce moment d’avoir créer tout un remous dans ma famille. Mais cela ne m’arrêtera pas d’écrire des textes sur ma vie, je suis pas mal plus fort que ça. J’adore bloguer et c’est sur ce thème que je réussi le mieux.
Et toi, tu es un(e) looser(se) de la pire espèce! Honte à toi!
D.
On est comme on est…
J’ai longtemps cru que je serais un vrai lover. L’homme d’une seule femme. Que l’amour serait mon idéal premier. De toute manière, dans mon entourage, il n’y a que de belles réussites amoureuses. Ma mère et mon père ont été ensembles jusqu’à ce qu’il décède en 1995. Mes sœurs ainées vivent depuis quelques années de longues relations avec leur copain. Je ne puis qu’être ainsi, que je me disais.
Voilà que depuis près de deux mois, je vois N. Vous êtes tous émerveillés croyant que j’avais enfin trouvé l’amour que je cherchais tant et que je cesserais de vous raconter des histoires loufoques dont j’étais visiblement le seul à vivre.
J’ai cessé d’avoir deux ou trois dossiers à la fois. Sous les conseils de mes amis, j’ai tâché de m’investir dans une seule fréquentation. C’est chouette. Ce n’est pas trop compliqué de voir qu’une seule fille, vous savez?
Mais il manque quelque chose dans cette monogamie non-officielle. Il ME manque quelque chose, de la nouveauté, du piquant. Ah, pas qu’elle ne m’en apporte pas, au contraire. Je fais plein d’activités, le sexe est bon et audacieux. Oui, oui, audacieux. Je ne m’en plains pas. C’est même elle qui n’en a pas assez, la coquine. Mais… c’est comme si ma soif de nouveauté était insatiable. Que j’avais envie de voir tout ce que le monde a à m’apporter.
Je me rends compte que le titre de ce blogue est très bien choisi. Dateur en série. C’est que je suis et ce que j’ai toujours été. Je ne le serais peut-être pas toujours. J’espère que non. Ce n’est pas un mode de vie socialement acceptable mais pour l’instant, je dois assumer je m’y plais. C’est dans ça que j’ai envie de continuer. Pour trois mois? Six? Un an ou deux? Je ne sais pas.
Je suis désolé N. de pas avoir été ce que tu souhaitais. Je ne suis qu’un Dateur en série.
On est comme est.
D.
Bungie amoureux
Je suis sur une longue passerelle métallique. Celle-ci surplombe une immense falaise. Ça fait maintenant trois ans que j’escalade cette paroi escarpée. À ma cheville, un gros câble élastique est relié à je ne sais quoi. Ou peut-être pas.
Au bas de cette falaise, paraîtrait-il, se trouve un oasis magnifique. Enfin, c’est ce que les plus rêveurs racontent. Ah, j’ai déjà sauté en bas, juste pour voir. Mais je me suis accroché dans les roches sur le coté en tombant. Ça fait mal. Surtout quand on sait qu’on doit remonter après. Et ça, c’est pour ceux qui finissent par retrouver goût à l’escalade. La rémission peut être plus longue pour certain.
Je n’ai jamais vraiment vu ce qu’il y avait en bas. J’ai vu un petit peu d’eau, un peu de feuillage. Ça avait l’air beau. Mais c’était peut-être un mirage. C’était loin encore. Je pouvais prendre le lac entre mon pouce et mon index. Vous voyez comme c’était encore petit?
Sur ma passerelle, les gens sautent en se fermant les yeux, le sourire aux lèvres. Il y en a des plus hauts que moi. D’autres plus bas. D’autres qui attachent leur corde excités, d’autres qui la détachent et reprennent leur escalade. D’autres visiblement blessés, à peine guéris qui se lancent à nouveau. De vrais casse-cou. À chaque saut, ils se disent que c’est le bon.
Mais moi, j’hésite. Je n’ai pas nécessairement envie de rester dans le confort de ma passerelle toute ma vie, mais encore moins de sauter, là maintenant. J’ai peur. Du moins pour l’instant. Pour combien de temps?
Et si cette oasis n’était que de la frime?
Et si ma corde n’était pas attachée à une structure solide?
Et s’il ventait et que je me cognais durement dans les roches de la falaise?
Et si ma corde était trop longue? De l’eau c’est beau mais je ne veux pas me noyer non plus.
Et si je n’étais pas sur la bonne passerelle? Il y en a plein d’autres intéressante à voir, non?
La passerelle se remplit peu à peu. Les gens s’impatientent que je ne prenne pas une décision.
- Aweille! Saute ou continu à monter! Nous on veut sauter on n’a pas peur comme toi!
- Mais… mais…
Et je me réveille. Pourtant j’avais déjà les yeux ouverts. Je suis encore plus mêlé qu’avant. Bordel…
D.






